Chronique d’Hébébulles : les transmissions en EAJE

26 août 2019

transmissions en EAJE

Un jeudi de septembre, quelque part dans un Etablissement d’Accueil de Jeunes Enfants (EAJE), 17h15.

Feuille remplie d’informations : Tchek.

Stylo qui fonctionne : Tchek.

Voix éclaircie : Tchek.

On sent l’excitation monter dans la salle de vie… Quelque chose semble imminent… Ding, dong. Le voilà. Le premier parent venu chercher son enfant arrive, et nous savons qu’il est à la tête d’une longue liste d’autres parents venant aussi retrouver leurs progénitures. Et nous, professionnel.le.s, nous savons que nous sommes parti.e.s pour 45 minutes de transmissions non-stop ou presque.

Ce moment des transmissions, qu’il s’agisse de celles du matin ou de celles du soir, peut-être vécu de mille-et-une façons par tous. Certain.e.s professionnel.le.s se contenteront de dénombrer le nombre de mictions et de selles, leur consistance, voire leur odeur (!), pendant que d’autres expliqueront en détails chaque étape de l’activité réalisée ce jour. Du côté des parents, certains couperont la parole – impatients – demandant juste si « Tout va bien » avec pour seules réponses possibles un simple Oui ou un plus compliqué Non, tandis que d’autres seront désireux de connaitre les moindres faits et gestes de ce qui a constitué la journée de leur enfant.

Cela me fait penser à une petite anecdote. Un matin, alors que je flânais sur internet, je suis tombée sur l’annonce d’une maman recherchant quelqu’un pour emmener son enfant à la crèche chaque jour. Presque immédiatement, une personne lui a répondu être intéressée par l’offre et avoir l’habitude de faire « ces dépôts ». Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en imaginant une ribambelle d’enfants posés et laissés là par leurs parents (ou leur baby-sitter), avec de gros nœuds en bolduc dans les cheveux, assis en file indienne devant la porte de la structure en attendant sagement que les professionnel.le.s les prennent en charge.

C’est vrai, pourquoi s’embêter à rentrer dans la structure, à parler aux personnes présentes, à raconter le quotidien de votre enfant et/ou le nôtre, alors qu’on pourrait simplement faire une passation de responsabilités « vite fait bien fait » entre deux portes ? Ou mieux, par la fenêtre de la voiture, un petit peu comme les drives de célèbres fast-food ? On s’éviterait bien des problèmes de places de parking, de devoir habiller l’enfant et sortir la poussette du coffre dans le froid juste pour parcourir les 100 mètres qui nous séparent de la structure, de devoir nous-même sortir de l’endroit cocon qu’est notre véhicule… Bref, que des avantages à première vue !

Mais alors… Pourquoi fait-on si compliqué ?

Parce que le temps de transmissions est selon moi l’un des moments les plus importants de la journée en structure, et ce pour tout le monde, malgré ma retranscription très caricaturale en début de chronique. Il est souvent plus simple pour les parents de comprendre l’intérêt de celles du soir, parce qu’elles leur permettent (entre autres) de savoir ce qu’il s’est passé dans la vie de leur tout-petit durant leur absence… Mais qu’en est-il des transmissions du matin, tant pour l’enfant que pour les adultes ?

Les transmissions du matin, aussi importantes que celles du soir !

 

– Pour l’enfant : il a le temps d’arriver en douceur dans ce lieu de vie, d’être accueilli de façon individuelle par le.la professionnel.le et d’être au centre de l’attention. De plus, ce temps lui permet – si toutes les conditions sont réunies – de pouvoir se détacher tranquillement de son parent, de lui dire au revoir et de commencer le plus sereinement possible sa journée en structure.

– Pour le parent : lui aussi pourra prendre le temps de dire au revoir à son enfant, ce qui est primordial. Nous parlons toujours de séparation difficile du point de vue de l’enfant, mais il est important de garder en mémoire qu’elle peut l’être aussi du côté des parents (cela dit, ne vous culpabilisez pas si vous vous sentez plutôt « libéré.e délivré.e » à ce moment-là, c’est tout aussi compréhensible !). Durant ce moment, ils pourront aussi questionner les professionnel.le.s si des interrogations restent sans réponse concernant leur enfant, ou encore demander des « conseils ». 

– Pour les professionnel.le.s : durant ce temps, il/elle peut faire le lien entre ce qu’il s’est passé à la maison et comment l’enfant va être pris en charge durant la journée en structure. Un enfant qui aurait passé une très mauvaise nuit par exemple ne s’accompagnera pas forcément de la même façon que s’il avait bien dormi. Les transmissions lui permettent aussi d’écouter le parent et de créer du lien. Je parle ici d’un lien de respect et de confiance mutuel, permettant à l’un et l’autre des acteurs d’avoir l’opportunité de libérer sa parole s’il en ressent le besoin, dans un but de coéducation de l’enfant et d’accompagnement à la parentalité. Nous travaillons tous dans un souci de bien-être de l’enfant, alors autant le faire main dans la main non ?

Alors, oui, parfois les temps de transmissions peuvent sembler long parce que nous sommes pressés, fatigués ou que sais-je, mais malgré cela, je crois que les « crèches Drive », ce ne sera pas pour maintenant…. Et c’est tant mieux !

Article rédigé par Hébébulles :

MULLER Justine

Éducatrice libérale “Hébébulles”

Blogueuse parentale

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