L’expérience de Rebecca Redford, Infirmière puéricultrice en Haïti

19 janvier 2021

Young child kid holding red love heart hand exercise ball with bandage, MD medical doctor physician's stethoscope on light white wood background: Nursing children day care healthcare support concept

Article rédigé par Rebecca Redford, infirmière puéricultrice de profession, passionnée de pédagogies alternatives, elle a choisi d’axer son métier en crèche autour de différentes approches. Pour cela, elle a suivi la formation AMI (Association Montessori Internationale) d’éducatrice Montessori pour les enfants de la naissance à 3 ans, ainsi que le cycle de formation à l’approche Piklérienne avec l’Association Pikler France et une année de sensibilisation à la pédagogie Steiner : https://www.rebeccaredford.com/

 

Le mercredi 13 janvier 2010.

Devant moi se trouve mon mémoire de fin d’étude qui représente ce qui a été une année de travail que je suis sur le point de terminer pour obtenir mon diplôme d’infirmière puéricultrice.
Une tristesse intense me submerge en regardant le journal télévisé : la veille, à 16h53, heure locale en Haïti, en tremblement de terre d’une magnitude de 7 à 7,3 a ravagé une partie du pays. Une douzaine de secousses ont été enregistrées. Ce séisme majeur a été ressenti jusqu’à Guantanamo, à Cuba, situé à environ 300 km de la capitale haïtienne.
Une semaine plus tard, le 20 janvier 2010, un second tremblement de terre d’une magnitude de 6,1 est survenu.
Au total, ce sont plus de 280 000 morts, 300 000 blessés, 1,3 millions de sans-abris qui ont été comptabilisés : le bilan est catastrophique. Haïti, frappé par 7 ouragans depuis, est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidentale.

Aujourd’hui, plus de 6 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté. Le pays a subi des épidémies de choléra, de paludisme, d’influenza, de sida… D’après un rapport de Médecins Sans Frontière datant du 9 janvier 2020, le système sanitaire haïtien est au bord de l’effondrement, pris au piège entre une crise politique et une crise économique croissante.

Le jour où j’ai obtenu mon diplôme d’infirmière puéricultrice, je me suis promise que je mettrais tout en œuvre pour pouvoir partir dans ce pays et apporter mon aide, même s’il s’agissait d’une goutte d’eau dans un océan.
J’ai commencé ma carrière dans des services de réanimation néonatale et urgences pédiatriques avant de décider que j’avais acquis suffisamment de pratique pour pouvoir partir.
C’est ainsi que le 18 novembre 2012, je m’envolais pour Haïti. Je partais pour 8 mois dans un petit village des Cayes qui s’appelle Torbeck, situé sur les côtes de la mer des Caraïbes, à 160 km au sud de Port-au-Prince.

Avant de partir, j’avais rencontré les personnes responsables de l’association Ti Gren Lavi – Haïti qui venait en aide à une école, « l’Ecole du Village », aujourd’hui rebaptisée « l’Ecole Cécile Fatima ». Il était question que j’apporte mon aide au sein de cette école qui accueillait des enfants de 2 ans 1/2 à 14 ans. Nous étions plusieurs bénévoles et nous participions tous à développer cette école en fonction de nos différentes compétences.
Mes missions étaient de prodiguer des soins infirmiers aux enfants de l’école, mais très rapidement, ces soins se sont étendus aux membres du village, puis des villages voisins. Avant mon départ, la directrice de l’école m’avait fait parvenir une liste de médicaments et de matériel médical à apporter pour les « petites pathologies » le plus souvent rencontrées dans ce coin du pays. Il s’agissait surtout d’affections de la peau : le climat humide et la poussière ambiante ralentissaient le processus de cicatrisation. La sous-nutrition importante empêchait également la guérison des plaies et des blessures. Avant mon départ, j’avais rencontré un médecin qui avait pu me conseiller sur les soins à apporter pour de telles affections et j’avais en poche, un DU de « plaies et cicatrisations » obtenu lors de mes études d’infirmières.

Je partais donc, avec un sac rempli de médicaments et de matériel sur le dos, à travers les rizières et la forêt tropicale, accompagnés de certains enfants de l’école, pour rendre visite à des personnes qui ne pouvaient pas sortir de chez elles pour se rendre à l’école où les soins étaient habituellement donnés.
J’ai pu découvrir d’autres façons de soigner, avec des méthodes plus douces et naturelles, en utilisant de l’argile, des huiles essentielles et des macérâts.
J’ai également dispensés des cours au sein des classes de l’école primaire et ainsi découvert ma passion pour les pédagogies alternatives. En effet, cette école basait ses apprentissages sur la pédagogie Waldorf, complètement adaptée aux enfants accueillis.

Ce fût l’expérience la plus riche de ma vie professionnelle et personnelle. Les soins que je prodiguais n’étaient pas complexes, mais je devais me fier à mes connaissances pour orienter la prise en charge. Je n’étais pas seule, bien sûr; j’étais accompagnée de près par la directrice de l’école qui avait une solide connaissance des maladies propres à ce pays, et de leurs risques potentiels. J’ai été confrontée, parfois, à l’impossibilité de soigner correctement. Nous pouvions alors orienter le malade vers un médecin ou un centre de soins mais cela pouvait être un vrai parcours du combattant : la corruption est tellement présente dans le pays que faire transporter quelqu’un à l’hôpital peut s’avérer être très compliqué, et très coûteux. L’accès aux soins est à la portée de ceux qui peuvent les payer, ce qui est le cas d’une petite minorité d’haïtiens.

Les souvenirs que je garde de ce voyage sont des souvenirs de bonheur intense, car j’étais sans cesse occupée par les soins mais aussi par la vie quotidienne très différente et très loin du confort auquel nous sommes habitués. Les bénévoles de l’école et moi-même logions dans une maison sans eau, et avec un accès à l’électricité très limité. Nous avions la chance d’avoir une source d’eau qui se trouvait près de la maison pour nous procurer de l’eau claire que nous pouvions ensuite filtrer pour qu’elle devienne potable. Nos conditions de vie étaient très privilégiées même si elles étaient très rudimentaires. Nous nous suffisions du strict minimum et nous avons appris à vivre avec les us et coutumes du pays.
Nous avons été accueillis par les habitants du village avec beaucoup de générosité et de joie.
Lorsque je repense à cette promesse que je m’étais faite en obtenant mon diplôme de puéricultrice, j’étais loin d’imaginer vivre une expérience aussi intense.


Sources et liens:
http://ecoleduvillage.canalblog.com
https://www.youtube.com/watch?v=PyDzIzsk4nk
https://fr.wikipedia.org/wiki/Haïti
https://www.msf.ch/nos-actualites/communiques-presse/haiti-structures-sante-au-bord-leffondrement

 

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