Le quotidien de professionnels de crèche en période de crise sanitaire

6 novembre 2020

Preschooler Kid playing tetris wood puzzle with teacher educador help using face mask for coronavirus pandemic. Homeshooling. Learning Community. Montessori School

Dans quel contexte évoluent les professionnels de la petite enfance depuis mars 2020 ? Quel est leur quotidien ? Mélanie, auxiliaire de puériculture depuis 2017, en poste au sein d’une crèche mutualiste de 50 places, et Luc, infirmier puériculteur directeur d’EAJE depuis 2 ans au sein d’une crèche privée inter-entreprise , nous livrent leurs ressentis dans des témoignages pragmatiques.

La vie en crèche compte-tenu du contexte sanitaire

Mélanie

L’ambiance générale est plutôt bonne, même s’il est vrai que beaucoup de nos conversations tournent autour du virus. Nous ne voulons pas céder à la psychose mais certaines angoisses surgissent inévitablement lorsqu’un enfant présente de la fièvre par exemple. Certaines professionnelles sont un peu plus strictes sur l’hygiène que d’autres, ce qui créé parfois quelques tensions. Toutefois, nous nous entraidons énormément, j’ai l’impression que la cohésion d’équipe s’est améliorée

Par ailleurs, de nombreux débats ont lieu sur les jeux que nous pouvons utiliser ou non (jeux en bois difficilement lavables). Nous sommes censées laver les jeux après chaque utilisation mais par manque de temps, cela n’est pas fait à chaque fois. Nous avons testé différentes manières pour accueillir les parents, avec comme objectif qu’il y ait peu d’attente et que ce soit fluide car les « embouteillages » du matin étaient fréquents et certains parents s’impatientaient. Chaque section accueille désormais « ses » parents par une porte différente, les transmissions sont plus rapides qu’auparavant mais la qualité est toujours là.

Luc

Depuis la réouverture le 11 mai de la structure d’accueil, nous recevons régulièrement les guides ministériels nous permettant de réaliser une organisation de l’accueil des familles en corrélation avec le contexte sanitaire actuel. Nos mesures d’accueil étaient très strictes après le confinement. Dès lors que nous avons eu l’autorisation, par les autorités, d’alléger ces mesures, nous avons fait le choix lors d’une réunion d’équipe de conserver ou non certaines mesures.

Aujourd’hui concernant l’accueil des familles, nous pouvons considérer que nous suivons le dernier guide ministériel, en ayant maintenu des mesures des anciens guides. Concernant, l’hygiène des locaux nous faisions le choix de limiter les produits chimiques, l’entretien des locaux et des jouets se faisaient à la vapeur. A la suite à l’épidémie, nous avons dû revoir nos protocoles d’hygiène en mettant en place une désinfection régulière (voir intensive) avec des produits chimiques.

Tous les professionnels de la structure participent à l’hygiène générale des locaux au cours de la journée. L’organisation de toute l’équipe éducative a dû être repenser et retravailler pour accueillir les enfants et leurs parents dans des conditions sanitaires en lien avec l’épidémie. Nous avons eu le sentiment de se trouver dans un « courant hygiéniste » où la place de l’enfant passait au second plan derrière l’hygiène. L’accueil des enfants et de leur famille a été fortement impacté. Avant le covid, les parents entraient sur le groupe d’accueil pour déposer et récupérer leur enfant. Certaines fois, il pouvait y avoir trois parents à la fois dans le groupe.

Depuis le 11 mai, un seul parent entre dans les locaux, il doit patienter dans le hall d’entrée. Un membre de l’équipe vient à sa rencontre matin et soir. Avec cette nouvelle forme d’accueil, les échanges avec les parents ont un caractère plus privé et intime. Cependant, plusieurs familles m’ont indiqué que l’ambiance conviviale et familiale qui caractérisait la crèche, n’existait plus aujourd’hui. Nous n’organisons plus de moments de rencontre entre les parents (Goûters, fêtes de fin d’année, réunions de rentrée et d’informations …). Toutes les informations sont données par mail. Les parents ne voient plus dans quel univers grandi et évolue leur enfant. Ils visitent et entrent dans les locaux lors de la période d’adaptation de leur enfant (c’est-à-dire en cumulé deux à trois heures durant cette période).

Afin de permettre aux parents de découvrir ce qu’il se passe au cours d’une journée à la crèche, un mur de photos est régulièrement alimenté dans le hall. L’accueil des enfants a été difficile et contraignant, pour eux-mêmes et l’équipe, après les deux mois de confinement, surtout le premier mois. Aujourd’hui, ils ont su s’adapter, peut-être plus facilement que nous. Le lavage des mains est réalisé régulièrement, pour les enfants, cela devient un jeu. Aucune distanciation sociale n’est possible avec les enfants, donc nous retrouvons un climat propice aux rencontres et à la socialisation. Nous avons dû abandonner tous les projets de sorties à l’extérieur (musées, bibliothèques…).

La relation entre les professionnels est fluctuante. Selon les périodes et les informations quotidiennes, le climat est plus ou moins stressant (cas contact dans les familles ou dans l’équipe, augmentation des cas dans la ville ou le département). Les conversations tournent autour du covid pouvant entrainer un sentiment de peur, d’incertitude et de morosité chez certains.

Les contraintes du métier depuis la pandémie

Mélanie

Premièrement, nous avons du mal à gérer le fait que les protocoles sanitaires changent très souvent, cela demande une grande capacité d’adaptation, certaines de nos pratiques d’hygiène ne sont pas cohérentes, nous devons appliquer certaines mesures qui n’ont que très peu de sens dans notre quotidien…De plus, nous ne comprenons pas pourquoi les mesures d’hygiène sont si différentes d’une crèche à l’autre. 

Il y a également beaucoup plus d’arrêt maladie car à chaque suspicion de covid, la professionnelle est absente au moins une semaine et doit aller se faire tester. Le turn over d’intérimaire est très important et n’est ni agréable pour les enfants ni pour les adultes. Enfin, en ce qui concerne le masque, cela a été difficile lors des très chaudes journée d’été, gorge sèche et maux de tête nous ont tenu compagnie.

Luc

La contrainte majeure que nous pouvons constater est le port du masque auprès des enfants. Nous avons l’obligation de porter le masque au cours de la journée de travail. L’ensemble de l’équipe émet des réserves quant à cette mesure qui impact directement notre accompagnement quotidien de l’enfant. La communication avec l’enfant est la base de l’apprentissage du langage et de ces codes. Le fait de se trouver face un visage à moitié caché derrière un masque nous questionne sur l’impact que celui-ci aura sur le dit apprentissage. Au cours d’une réflexion en équipe, nous avons décidé de mettre en place une formation en interne sur la communication signée.

Les contrats d’accueil et les plannings des enfants sont sans cesse en train d’être modifiés, suite à des arrêts de travail des parents « cas contact » ou de la mise en place du télétravail. Il est difficile d’anticiper ces absences car le plus souvent celles-ci surviennent le jour même. Les arrêts de travail au sein de l’équipe, à cause de « cas contact », entrainent des modifications du planning. Ces arrêts ne peuvent être prévus, produisant une désorganisation, une augmentation des heures supplémentaires.

Un remplacement de la personne en isolement est alors organisé ayant pour effet l’encadrement de cette dernière. Sur un plan économique, étant une crèche inter-entreprise, nous sommes dépendants des réservations de places des entreprises partenaires. Suite à la crise économique qui découle de la crise sanitaire, l’évolution des berceaux réservées restent incertains, certaines entreprises se questionnent sur l’avenir du partenariat, dans leur intérêt économique. Ce qui impact directement sur le budget et l’économie de la crèche.

L’avenir professionnel de la petite enfance en 2020

Mélanie

Je pense qu’en cette période de crise l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ! Chaque secteur et chaque entreprise est plus ou moins impacté. Au contraire, je me sens à l’aise dans ma profession et au sein de mon entreprise pour laquelle je souhaiterais m’impliquer davantage.

Luc

La crise sanitaire n’a pas eu pour effet de repenser mon avenir professionnel. Par contre, elle a eu pour effet de modifier mon travail d’infirmier-puériculteur directeur au quotidien. Notre formation nous prépare à avoir une grande capacité d’adaptabilité cependant nous ne sommes pas formés à la gestion administrative et du personnel. Chaque journée est rythmée par l’évolution de la crise sanitaire, il est difficile de suivre ces évolutions. Une nouvelle charge, en tant que directeur, s’est ajoutée : il s’agit d’informer, de rassurer, de prévenir les risques et d’accompagner l’équipe et les parents au jour le jour face à cette crise sanitaire.

Le mot de la fin

Mélanie

Nous allons devoir cohabiter avec le virus pendant encore une longue période, il nous faut donc nous habituer à exercer notre métier avec quelques changements et quelques contraintes supplémentaires. La priorité restant le bien-être des enfants, continuons à faire notre travail comme avant, avec sourire et bienveillance !

Luc

Depuis la rentrée de septembre, nous avons pu discuter en réunion d’équipe de l’impact de la crise sanitaire sur notre travail au quotidien. Il est ressorti de cette échange que nous avons mis de côté l’intérêt de l’enfant au détriment des mesures d’hygiène, d’encadrement, d’accueil des parents. C’est pourquoi, nous avons décidé de remettre en priorité l’accueil et l’accompagnement de l’enfant au quotidien. Aujourd’hui, l’organisation est en corrélation avec les précautions sanitaires. Nous nous donnons pour objectif de mettre à nouveau l’enfant au premier plan et de travailler en retrouvant nos valeurs professionnelles.

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